2008 aura été marquée par deux événements majeurs qui vont lourdement peser sur l’avenir : le Grenelle de l’environnement et la crise économique, la crise des valeurs. La France a véritablement pris conscience de son retard en matière de qualité énergétique de ses bâtiments, du drame de la précarité énergétique, d’un pouvoir d’achat largement entamé par d’abyssales mais évitables dépenses énergétiques.
Nous avons effectué ici une sélection des sujets susceptibles de vous intéresser en tant que prescripteurs. Infos clés en main, articles techniques, interviews, synthèses, enquêtes, normes et réglementations... retrouvez toutes les questions liées à votre métier au travers de trois principaux dossiers : construction durable, innovations technologiques et qualité architecturale.
L’architecture crée de la valeur durable
Le point de vue de Roger Maquaire, président du Club de l’Amélioration de l’Habitat (CAH)
Roger Maquaire souhaite une réglementation avec des seuils exprimés en valeur absolue. Il invite les professionnels à accompagner leurs clients à aller au-delà des seuils afin d’optimiser leur performance énergétique.
La RT 2005
Le point de vue de Michel Dubezy, délégué général de l’association Promodul
Promodul met à la disposition des professionnels des outils pratiques d’aide à la prescription. Cette organisation professionnelle conseille les professionnels et le grand public d’aller au-delà des seuils prescrits par la loi.
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Que pensez-vous du seuil de basse consommation de 50 kWh/m²/an pour les bâtiments neufs ?
Michel Dubezy : C'est un seuil ambitieux qu'il faut mettre en œuvre dans le neuf avec le plus de lucidité possible et qu'il faut avoir en ligne de mire lorsque nous sommes face à une rénovation lourde. Il s'agit d'un objectif que l'on atteindra par palier. N'oublions pas que l'horizon du Grenelle se déploie jusqu'en 2050. Les produits et les procédés existent. Maintenant c'est aux concepteurs de jouer avec ces éléments là. L'atteinte d'une performance énergétique n'est jamais la résultante d'un élément par rapport à un autre. Il faut le voir comme un ensemble qui nécessite une approche globale. Après ce sont paramètres humains et financiers qu'il faut réunir : volonté du maître d'œuvre comme du maître d'ouvrage, moyens financiers, technicité de mise en œuvre, conception.
Du point de vue de des prescripteurs, quelles sont les solutions qui vont être privilégiées afin de répondre aux mesures du Grenelle ?
MD : Le premier paramètre tient à l'aspect architectural du projet. En fonction du concept même du bâtiment, de sa configuration géométrique, de son exposition, de la manière dont il va s'insérer dans son environnement. Ensuite il s'agit d'œuvrer avec les bureaux d'études pour choisir les matériaux qui vont optimiser ce bâtiment. Un ensemble d'acteurs doit œuvrer ensemble et le premier d'entre eux, incontestablement, c'est l'architecte.
Quelles sont les solutions types que vous proposez aux particuliers ?
MD : Les produits qui permettent d'isoler efficacement existent déjà. La première chose qu'il faut soigner c'est la qualité de l'enveloppe (isolation, ouvrant). Ce que nous faisons passer comme message auprès de nos installateurs c'est d'essayer d'aller au-delà de la réglementation actuelle. Qu'il s'agisse du neuf ou de la rénovation, si nous nous contentons d'appliquer la réglementation thermique en vigueur, nous savons qu'en 2010 nous serons en dessous des seuils. Pour l'isolation d'une paroi, il faut inciter l'installateur à proposer une résistance thermique R = 3 alors que la RT en vigueur exige un R = 2,4.
Quels sont les impacts du Grenelle sur les réglementations actuelles ?
MD : Lorsque l'on acquiert aujourd'hui un bien construit selon la réglementation thermique 2005, qui est déjà une bonne réglementation, il faut être conscient que ces normes seront obsolètes dans 10 ou 15 ans. Il faut donc anticiper sur l'avenir et inciter le grand public et les professionnels à aller au-delà afin de pouvoir tenir l'objectif de 2050 de diviser par 4 les émissions de gaz à effets de serre.
Enfin, qu'auriez-vous souhaité voir figurer parmi les mesures annoncées ?
MD : Dans le Grenelle, les pouvoirs publics donnent des axes. Mais c'est à nous, les acteurs de la filière de dire aux professionnels : « appropriez-vous ces axes là, et consolidez-les et, lorsque c'est possible, allez au-delà ». Mais déjà, si tous les professionnels de la construction appliquent ce qui va sortir du Grenelle ce sera un énorme pas économique pour nos filières.
Les points de vue exprimés ici n'engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement les opinions des industriels animant Creargos.
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Etude de l’OPEN : les travaux de rénovation thermique pas assez efficaces
Une étude réalisée en 2007 par l’observatoire OPEN évoque l’insuffisance qualitative des travaux thermiques réalisés dans l’habitat par rapport aux exigences actuelles. Cette lecture des résultats a posteriori permet de quantifier en détails, au regard du Grenelle de l’environnement, le marché des travaux à impact énergétique.
Pour aider les acteurs du batiment à y voir plus clair dans les objectifs du Grenelle, l'ADEME a commandé à l'Observatoire permanent de l'amélioration énergétique du logement (OPEN) une étude qui fait le point sur le marché de l'amélioration de l'habitat en 2007.
Celle-ci a été menée auprès de 32 000 ménages ayant réalisé des travaux d'ouverture, de chauffage ou d'isolation en 2006 et a été enrichie des réflexions d'experts du CAH. Elle nous apprend ainsi que la qualité énergétique des logements après travaux est insuffisante dans plus de 90 % des cas.
Les résultats de l'Observatoire
En 2006, plus de 9 000 000 de logements ont fait l'objet de travaux d'amélioration. Parmi eux, près d'un tiers présentait l'opportunité d'une amélioration thermique puisqu'il s'agissait de rénover une toiture, des combles, des murs, de poser une fenêtre ou une porte, ou encore de rénover l'installation principale de chauffage ou d'eau chaude sanitaire.
Après étude des niveaux de performance énergétique atteints après rénovation, il apparaît ainsi que les solutions optimales ne sont adoptées que dans 10 % des cas (couverture, maçonnerie...). De plus, dans le cadre de travaux plus globaux prenant en considération différents corps de métiers, il se trouve que 75 % des rénovations restent également insuffisantes. Seuls 3 % d'entre elles peuvent être considérés comme « exemplaires -. En comptabilisant également les rénovations antérieures de l'habitat, le chiffre monte à 8 %.
Les contraintes des ménages
Plusieurs raisons expliquent la faible efficacité de ces travaux.
Tout d'abord, seuls 45 % des ménages réalisant des travaux d'amélioration thermique dans leur logement considèrent les économies d'énergie comme prioritaires. Pour tous les autres, les travaux visent avant tout à améliorer l'agencement intérieur, à réparer ou à décorer.
Un autre frein à la réalisation de chantiers de rénovation thermiques de qualité réside dans le temps de préparation du projet, beaucoup plus long que lorsqu'il s'agit d'autres types de travaux. Recherche d'information auprès des industriels et demande de subventions ou de crédits prennent du temps... De plus, le coût des installations performantes est supérieur aux solutions à efficacité moyenne (augmentation de 20 à 70 % pour le poste chauffage par exemple).
Enfin, l'étude prouve que les professionnels sont aussi responsables de ces résultats, notamment par manque de prescription et de prise en compte de l'enjeu énergétique de manière globale. Ainsi, seuls 9 % des entreprises ayant installé une chaudière standard ont proposé un produit plus performant. De plus, la majorité des chauffagistes (61 %) avouent avoir installé leur matériel sans avoir évoqué la question de l'isolation à leur client.
Ce qu'il faudrait pour aboutir aux objectifs du Grenelle
Parmi les chantiers les plus en retard, les travaux sur toitures tiennent le haut du pavé. Malgré le faible surcoût que représente l'isolation dans ce genre de travaux (il faut compter 20 % en plus pour intégrer l'isolation), seul un tiers des toits rénovés bénéficie de l'installation d'un film isolant.
Les travaux d'isolation d'intérieurs semblent également à la traîne au regard des exigences actuelles. Elle s'explique par le manque d'intervention de professionnels en la matière et par le coût important de ce type de travaux. Ainsi, 70 % des chantiers effectués n'ont que très peu d'efficacité thermique. A ce rythme, il faudrait plus de 200 ans pour que le parc construit avant 1975 ne soit isolé de façon exemplaire. Une petite lueur d'espoir cependant : ces données ne prennent pas en compte l'isolation par l'extérieur.
L'optimisme semble plutôt concerner les travaux d'amélioration thermique des ouvertures. Ici en effet, on comptabilise 8 % de rénovations dont le résultat est optimal et 44 % qui sont d'efficacité moyenne. Si les travaux d'efficacité moyenne (correspondant aux exigences minimales qui permettent de bénéficier du crédit d'impôt) étaient améliorés pour atteindre une efficacité maximale, plus de 700 000 logements par an, soit la totalité du parc en 2050, répondraient alors aux exigences du Grenelle.
Côté chauffage enfin, on compte 13 % de chantiers qui, grace à leur performance optimale, sont éligibles au crédit d'impôt. Pour atteindre les objectifs de 2050, il faudrait que la quasi-totalité des nouveaux équipements de chauffage installés soient très performants. Une mission qui s'avère possible quant on sait que la vente d'équipements éligibles au crédit d'impôts ne cesse de croître et que 80 % des professionnels en charge de ces travaux sont convaincus du bien fondé de ce dispositif fiscal.
Pour diviser par 4 la consommation d'énergie des batiments en France d'ici 2050, ce qu'ambitionne le Grenelle de l'environnement, on estime que le volume des travaux à entreprendre sur le parc existant doit se situer entre 500 et 800 milliards d'euros. Avec les 13 milliards d'euros de travaux actuellement entrepris par an, l'OPEN considère que la partie basse de l'estimation sera atteinte.
Cependant, si l'efficacité des travaux entrepris n'évolue pas vers de meilleurs résultats, il faudra compter cent ans et non 45, comme le voudrait le Grenelle, pour que le parc existant soit thermiquement efficace.
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Voir le site du Club de l'Amélioration de l'Habitat







