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Le point de vue d’Alain Maugard, Président du CSTB

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Alain Maugard Alain MAUGARD, Président du CSTB1 est optimiste. Il encourage professionnels et particuliers à agir rapidement. Sur le plan architectural, l’enjeu du Grenelle est, de son point de vue, celui de la protection solaire.

Quels sont les impacts du Grenelle sur les réglementations actuelles ?

Alain MAUGARD : Le Grenelle l'annonce d'une manière très claire : en 2012 tous les bâtiments doivent être à 50 kWh/m2/an. Nous avons 4 ans devant nous, c'est un gros saut à faire. Le seul conseil que l'on peut donner aux industriels et aux promoteurs c'est de se lancer tout de suite dans la génération 2012 sans en attendre l'obligation d'ici 4 ans.

Ce seuil de basse consommation de 50 kWh/m²/an pour les bâtiments neufs vous paraît-il atteignable ? D'un point de vue technique ces mesures sont elles réalistes ?

AM : Oui, le seuil est d'un niveau convenable. D'ailleurs, nous sommes capables d'y arriver avec les solutions actuelles. Il va bien sûr y avoir des solutions nouvelles. L'architecture a la capacité de trouver une bonne part du chemin. C'est faisable dès maintenant, je suis très optimiste, d'autant plus qu'un marché va se créer et que des innovations industrielles arriveront. Je pense aux nouveaux isolants et aux nouvelles pompes à chaleur qui seront de plus en plus simples.

Justement, du point de vue de l'architecture quelles sont les solutions qui vont être privilégiées afin de répondre aux mesures du Grenelle ?

AM : Il n'y a pas de solutions types. Une partie de la réponse réside dans l'intelligence de prise de site qui permet de résoudre une partie de l'équation environnementale grâce à l'architecture climatique. Certains architectes commencent à dire que les bâtiments vont être des « bouteilles thermos » : c'est absolument faux ! Les baies vitrées au Sud, placées désormais à l'Est et à l'Ouest ont un bilan positif d'apport de chaleur. Donc c'est plutôt l'inverse : il va falloir apprendre à se protéger l'été d'une surchauffe. De ce point de vue, l'enjeu est plutôt celui de la protection solaire plutôt que de concevoir des bâtiments qui seraient opaques et très peu vitrés.

Quelles sont les conséquences opérationnelles dans l'acte de construire ?

AM : Je pense que cela va obliger les architectes et les ingénieurs à travailler ensemble.
C'est ce que l'on appelle ingénierie « intégrée » ou l'ingénierie « concourante ». Le modèle français, dans lequel un architecte dessine puis un bureau d'étude dimensionne les armatures à mettre dans le béton a vécu. C'est fini.
Il y a donc la solution de l'ingénierie intégrée, mais il faut également des architectes qui travaillent tout de suite avec des BET en une seule équipe intégrée. On peut également imaginer des formations d'architectes qui soient un peu plus « ingénieurs » au départ. C'est ce qui se passe dans d'autres pays ; l'exception française, je pense qu'elle a en partie vécu.
Je vois une seconde conséquence qui est la qualité de mise en œuvre. Il faudra que l'on s'habitue en France à avoir une très bonne étanchéité à l'air, ce que l'on ne fait pas forcément. Enfin, il faudra également éviter les ponts thermiques au dernier moment à cause de maladresses de mise en œuvre.

Sur ce point de l'étanchéité à l'air, est-il possible d'articuler de manière satisfaisante la question de la ventilation avec celle de l'isolation des bâtiments ?

AM : Oui, bien sûr. Il faut compenser la forte étanchéité à l'air des bâtiments isolés par la ventilation. Tout d'abord en tenant compte du système le plus approprié pour la qualité sanitaire des locaux. Lorsque les bâtiments sont occupés, il faut qu'il y ait un renouvellement d'air suffisant, mais il se trouve qu'il y a des apports gratuits de chaleur du fait de cette occupation. Lorsque les bâtiments sont vides, il n'est pas évident qu'il faille renouveler l'air avec le même rythme. Donc on va vers des idées d'intermittence qui tiennent fondamentalement compte du degré d'occupation des bâtiments. En fait, il faut que l'on trouve des indicateurs de qualité de l'air qui déclencheront la ventilation en dessous d'un certain seuil !

(1)Le Centre Scientifique et Technique du Bâtiment conduit les missions de recherche pour le secteur de la construction et du logement ainsi que des actions d'amélioration de la qualité des constructions et de l'information des professionnels.

 

Les points de vue exprimés ici n'engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement les opinions des industriels animant Creargos.

En savoir plus

http://www.cstb.fr/



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