Pour certains candidats, l’exercice a été une possibilité d’exprimer leur sensibilité artistique, au détriment parfois de l’enjeu environnemental. Pour d’autres, au contraire, il a été l’occasion de prendre à bras le corps les enjeux écologiques et sociaux de notre époque. Bilan de cette dernière catégorie.
Parmi les lauréats, il semble qu'on doive distinguer deux tendances. D'un côté, certains se sont manifestement et avec bonheur (parfois avec brio) laisser aller à des utopies, mêlant « archi-fiction - et références aux univers animés de leur génération... au détriment, peut-être d'une authentique réflexion environnementale.
D'autres, plus pragmatiques, ont souhaité prendre à bras le corps une actualité sociale ou urbaine, inventant des projets à la fois originaux et écologiquement viables. Les projets « Pallet house -, « Habiter le paysage -, « crex crex -, « Shell house -, « Nature sculpture - et « Un toit d'ombres et de lumière - appartiennent à cette dernière catégorie.
Un engagement social et environnemental
A titre d'exemple, le projet « Pallet house - des Autrichiens Gregor Pils et Andreas Claus Schnetzer est devenu une icône tant il a été médiatisé. Facile à monter et à démonter pour les différentes expositions, il a pu se poser n'importe où et a offert, de jour comme de nuit, une image à la fois belle, simple et convaincante du point de vue de la démarche environnementale.
Il est assez amusant de voir comment ces palettes, symbole de l'économie mondialisée, ont été élevées au statut de matériau de récupération le plus « durable - qui soit : les palettes sont en bois, on peut récupérer celles dont on ne sert plus - au pire les acheter au prix de 8 euros l'unité - et on les trouve partout : nul besoin de les transporter !
Déjà utilisées par l'association Emmaüs pour des chalets en bois, ou pour des constructions d'urgence lors de l'ouragan Katrina, ces palettes assemblées ont été aussi conçues par nos deux lauréats comme solutions à des situations de grande précarité. Jana Revedin, commissaire de l'exposition, le constate : « pour cette génération, le temps libre semble perdre de sa valeur s'il n'est pas associé à un engagement pour l'environnement et le social -.
Intégrer le paysage et renouver avec la nature
D'autres projets proposent encore une véritable réflexion en matière de respect de l'environnement : tenant compte du site, autant que des traditions locales en matière de modes de construction ou de matériaux. Ainsi, Amata Zdziobeck, un des trois premiers prix, a particulièrement bien réussi l'inscription de son habitat dans le paysage d'anciennes cultures en terrasses, en Ardèche.
La maison est implantée de manière à s'intégrer sur une terrasse en touchant très peu au terrain fragile. Le tout constitué d'un ruban de béton coulé sur place, forme à la fois épurée et poétique, révèle la sensibilité artistique de la lauréate - nourrie d'un détour par les Beaux-Arts. Le batiment, construit à flanc de colline et en entièrement ouvert sur l'extérieur, fait penser à la fois à une déclinaison de petits abris suspendus dans le paysage et à une sculpture minimaliste posée au milieu de la pente.
Habiter le paysage
On peut également s'arrêter sur les très belles constructions en bois locaux et sur pilotis de l'équipe slovène (« crex crex - de Matic Pajnic et Ajda Primociz) et du nancéen Jean-Denis Bécart (« Nature-sculpture -), dédiées elles aussi à la contemplation de la nature. Baties toutes deux dans un parc naturel, en bordure d'étangs et tournées vers l'eau, elles s'intègrent à un projet plus large d'éco-tourisme.
Matériau local et récupération
La « Shell house - du finlandais Philip Tidwell, elle aussi en bois local, est prévue pour les pays nordiques : elle s'ouvre et se referme à la façon d'un coquillage (en coulissant de la même façon que les habitacles d'Amata Zdziobeck) en fonction des conditions climatiques.
Quant au « projet - de Clotilde Chardon (elle aussi de Nancy, faut-il y voir un clin d'œil à la ville où Jean Prouvé a construit dans la France de l'après-guerre sa maison de ses mains avec des matériaux récupérés ...), il vient prendre place dans une structure pré-existante : des anciens hangars agricoles en Haute-Saône. Deux unités d'habitation en pisé se glissent sous le hangar.
Un toit d'ombre et de lumière
Comme le dit la lauréate, « dans cette région à fort potentiel touristique mais en déclin d'un point de vue économiq ue, ce projet serait un moyen de relancer l'économie -. Le projet (et le choix de la zone géographique) a été proposé aux étudiants de 5ème année par l'ENSA de Nancy en guise de projet de fin d'études. Pour Clotilde Chardon, cette démarche d'architecture durable lui « a permis de trouver une voie porteuse de sens -. « L'avenir, je le vois dans la construction en bois dans une démarche environnementale -, déclare-t-elle.
Marie-Clarté Mougeot
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