Du haut de ses 67 mètres, Cordouan, le plus vieux phare de France (1585-1611) encore en activité, continue de veiller fidèlement sur l'estuaire de la Gironde... et ce, grâce aux récents travaux qui ont été entrepris pour consolider sa stabilité mise à mal par l'assaut continu de l'Océan.
Après des siècles de transformations, de consolidations et de réparations constantes, le phare de Cordouan, situé à l'entrée de l'estuaire de la Gironde, devrait enfin connaître un repos bien mérité après plus de 400 ans de lutte incessante contre les assauts de l'Océan.
En effet, la société Guintoli Travaux Maritimes vient de terminer la réalisation d'un véritable bouclier tronconique de 70 mètres de long et 6,6 mètres de haut en béton armé, capable d'encaisser une pression de 80 tonnes par m². Celui-ci arbore d'ailleurs des mensurations pour le moins imposantes puisqu'il présente une épaisseur de 80 cm à la base et de 30 cm au sommet.
Afin de stabiliser son assise et éviter un éventuel basculement, ce mur est assis, tout du long, sur un socle en béton armé d'un mètre de haut sur trois de large, lui-même ancré dans le plateau rocheux par le biais de deux séries de 66 pieux.
La première rangée, d'une profondeur de 6 mètres, vise à travailler en appui tandis que la seconde, d'une profondeur de 8 mètres, devrait assurer le travail en traction.
Principe de réalisation des travaux
Le voile de béton se prolonge dans la terre par 132 pieux chargés d'absorber les chocs. Afin de préserver l'unité architecturale, celui-ci est dissocié du bâtiment de 10 cm seulement du mur d'origine.
Schéma de l'implantation du phare
La norme NF EN206-1 et le milieu marin
La norme NF EN 206-1 définit plusieurs classes d'exposition suivant le type d'agression que le béton peut avoir à subir dans l'ouvrage. En milieu marin, les principaux risques sont ceux liés à la corrosion induite par des chlorures présents dans l'eau de mer.
Dans ce cas, on distingue trois classes qui conditionnent, chacune, une formulation particulière :
- XS1, béton exposé à l'air véhiculant du sel marin (ouvrages situés sur une zone de 1 km le long du littoral) ;
- XS2, béton immergé en permanence dans l'eau de mer ;
- XS3, zones de marnage ou soumises à des projections ou des embruns.
Le phare de Cordouan se situe donc en classe XS3, ce qui impose, au minimum, un béton C35/45 dosé à 350 kg/m3, "C" correspondant à la classe de résistance à la compression, "35" à la résistance à 28 jours mesurée sur cylindre et "45" à la résistance à 28 jours mesurée sur cube.
Le ciment, matériau phare
"Nous étions obligés de travailler à sec, c'est-à-dire pendant les trois petites heures et demie en moyenne que les deux marées basses de la journée nous laissaient," raconte Nicolas Marie, directeur de travaux chez Guintoli Travaux Maritimes. "Mes équipes étaient même amenées à œuvrer de nuit, à la lumière des projecteurs." Autre spécificité : un ponton propulsé a permis d'acheminer les matériaux (granulats, ciment, eau douce) jusqu'au phare afin de préparer, sur place, les 610 m3 de béton nécessaires.
Conformément à la nouvelle norme béton EN NF 206-1, le maître d'œuvre a choisi une grave recomposée 0/22.4 fourni par Les Granulats d'Aquitaine, société de Lafarge Granulats, et un ciment dit "Prise Mer", capable de résister à une exposition XS3 (voir encadré). C'est le cas du Durabat de Lafarge Ciments, dosé ici à 420 kg/m3. En plus d'être parfaitement adapté à tous les travaux en bord de mer, ce produit confère à l'ouvrage une durabilité supérieure.
Plus largement d'ailleurs, la norme impose aujourd'hui l'emploi de ce type de ciment pour toute construction située à moins d'un kilomètre des côtes (la classe d'exposition est alors XS1). Pour répondre aux attentes des architectes en termes d'esthétique, Lafarge Ciments possède également dans sa gamme, le Superblanc PM, un ciment blanc dont les résistances sont similaires à celles du Durabat mais dont la couleur autorise toutes les déclinaisons possibles et imaginables.
Il peut en effet, soit rester apparent, soit être coloré selon l'aspect recherché... une variété qui frôle l'infini lorsqu'il est associé à des granulats de couleur. Le ciment Superblanc PM est donc comme son cousin Durabat avec l'esthétique en plus !
Le phare de Cordouan en quelques dates
1584 : Louis de Foix entreprend la construction du phare à l'époque adossé à une île qui le protégeait de la houle d'Ouest.
1719 : La tour est démolie dans sa partie supérieure, puis rétablie en 1724 sur les plans du Chevalier de Bitry, ingénieur en chef des fortifications de Bordeaux.
1789 : Josèphe Teulère rehausse la tour 30 mètres dans le style Louis XVI dont la richesse contraste avec l'austérité du rez-de-chaussée et des deux étages déjà existants.
1818 : La face occidentale est rénovée en raison du travail de sape des vagues.
1862 : Le phare est classé Monument Historique, la même année que Notre-Dame de Paris.
1926 : Le Service Maritime et de Navigation de la Gironde décide de construire une carapace en béton armé solidaire de la couronne.
1961 : Une partie de la carapace est refaite et allongée, puis renforcée à la base par un chaînage en béton armé. Ensuite, des travaux de consolidations ont été menés tous les 10 ans.







