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Le Grand Paris des architectes

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Le Grand Paris des architectesLe Grand Paris, capitale du futur ? A la demande du Président de la République, dix équipes d'architectes et urbanistes - six françaises, une allemande, une néerlandaise, une italienne, et une britannique - se sont penchées sur l'avenir de Paris et de son agglomération. Car aujourd'hui, comme le constate Jean Nouvel : « les atouts de Paris ne sont partagés ni partout, ni par tous ».

Sur fond de crise, de ségrégation sociale, d'une conscience croissante des problèmes environnementaux, deux problématiques à résoudre ont donc été définies dans le cahier des charges confié à toutes les équipes. L'une porte sur « la métropole de l'après-Kyoto ». L'autre vise à livrer un diagnostic prospectif sur l'agglomération parisienne. De l'environnemental au social, en passant par les transports, l'ensemble doit faire émerger la vision d'une future métropole de 12 millions d'habitants qui redonne à Paris son image de « ville-monde », ville phare du XXème siècle. Le 13 mars dernier, chaque équipe a remis son projet.

Jusqu'où irait le Grand Paris ?

Pour commencer - à quoi correspondrait exactement, géographiquement parlant, le Grand Paris ? Quelle est son identité territoriale, et quelles en sont les limites ?

Jean NouvelSelon les équipes, le périmètre varie, et ces différences sont révélatrices du projet que chacune entend porter. Certaines (Portzamparc, Nouvel, Castro) prennent en compte la seconde couronne et les villes nouvelles (quasiment l'équivalent, somme toute, de la région Ile-de-France existante) ce qui leur permet entre autres d'élaborer un programme de transports sur une plus grande échelle. D'autres s'en tiennent à la première couronne (Equipe MVRDV). Jean Nouvel choisit d'inclure Roissy, Orly, et les villes nouvelles dans son périmètre, car « le cadre de la petite couronne est à l'évidence trop restreint ».

 

 

 

Il peut alors imaginer son concept de « lisière », frontière poreuse entre l'urbain et le rural. Le groupe Descartes estime que la fin du réseau des transports en commun marque les limites de la métropole.

 Groupe Descartes

 

 

 

Quant à l'équipe d'Antoine Grumbach, son idée-force d'une métropole courant jusqu'à la mer lui fait contourner la question du périmètre, en proposant une extension linéaire du « Grand Paris » jusqu'au Havre. L'agence de Djamel Klouche, - l'AUC -, de son côté, prend le parti de ne proposer ni carte ni plan, en choisissant plutôt de radiographier l'agglomération dans toutes ses facettes par l'étude d'échantillons de territoires.

Le besoin d'une structure administrative nouvelle

Equipe CastroPar ailleurs, Paris et l'agglomération sont aujourd'hui liées par une entité administrative - la Région - sur laquelle les uns ou les autres se positionnent différemment, en posant la question nécessaire de la gouvernance du futur Grand Paris. A qui reviendra-t-elle ? A un syndicat métropolitain - formé de Paris et 200 collectivités franciliennes - proposé par la Région, ou à un secrétariat d'Etat au développement de la région capitale, suggéré par l'Etat ?

 

 

 

 

 

Equipe RogersCertains architectes, dépassant ce face-à-face, évoquent la nécessité d'une nouvelle gouvernance à la mesure du Grand Paris : l'équipe de Roland Castro s'appuie sur la topographie pour former 8 fédérations de communes - correspondant, grosso modo, à la grande couronne, et excluant les zones entièrement rurales. L'équipe Rogers, lui, imagine une structure où les voix de la région compteraient autant que celles de la capitale.

 

 

 

Une identité forte à représenter

Equipe GrumbachL'anonymat et l'absence de références au passé caractérisant le plus souvent la banlieue, toutes les équipes insistent également sur la nécessité de nouveaux monuments, de symboles fédérateurs destinés à donner une identité au Grand Paris. Castro, en particulier, propose une série de huit monuments (un par fédération de communes) à la dimension architecturale parfois utopique. Pour ce faire, il part de bâtiments existants pour élaborer des collages surprenants, à l'instar d'une « copie » de l'opéra de Sydney positionnée... sur le port de Gennevilliers !

 

 

De même, Jean Nouvel envisage la cohérence du Grand Paris par la création de quatre « hauts lieux » au sens propre comme au sens figuré : quatre ensembles de tours durables (« éco-villes verticales ») aux quatre coins de l'agglomération. L'équipe d'Antoine Grumbach sent bien elle aussi la nécessité d'unifier et de donner une identité au Grand Paris, et propose de mobiliser les habitants de son axe Paris-Rouen-Le Havre autour de projets collectifs, et en ponctuant le parcours de la Seine par des rayons lasers verticaux et la mise en valeur des monuments et des ouvrages d'art.

Envisager l'Après-Kyoto

Equipe MVRDVComment les équipes se sont-elles emparées du défi de l'Après-Kyoto et comment concevoir la métropole?
(Rappelons que le protocole de Kyoto, en 2005, avait donné comme objectif principal la réduction des émissions de gaz à effet de serre de 8%. Ces accords arriveront à expiration en 2012).

 

 

 

Studio 09Une présence accrue de la nature au cœur de la ville et la réduction de la dépense en énergie se retrouvent dans de nombreux projets. Antoine Grumbach, pour qui « seule la grande échelle permet d'atteindre les objectifs de l'Après-Kyoto », légitime ainsi son axe Paris-Le Havre. Mais on retiendra surtout la traversée verte de l'équipe italienne Studio 09, et les « armatures » de l'équipe de Richard Rogers qui irriguent la métropole de verdure. A remarque régalement, d'autres pistes, comme le plan de reboisement pour piéger le CO2 (Equipes Descartes et MVRDV), et l'aménagement - écologique, paysager et énergétique - des rives des fleuves (Equipes LIN, Studio 09 et Antoine Grumbach).

 

 

 

Energies renouvelables et convivialité

Equipe LINEn matière d'énergies renouvelables, les hollandais de l'équipe MVRDV et les anglais de l'équipe Rogers semblent les plus déterminés et envisagent de nombreuses solutions : récupération d'eau de pluie, panneaux photovoltaïques, toitures végétalisées, éoliennes aux portes de Paris...

 

 

 

La place accordée à une « agriculture de proximité » est ce qui ressort le plus fréquemment de toutes les études. Ainsi, l'équipe LIN imagine des « rues-marchés » à la lisière entre zones rurales et zones pavillonnaires où s'approvisionneraient les habitants des alentours. L'équipe de Jean Nouvel imagine de multiplier des jardins partagés le long des « lisières » et les équipes Antoine Grumbach et Descartes vont jusqu'à rêver de l'autosuffisance alimentaire de la région parisienne. Autant d'idées qui vont dans le sens d'un désir accru de convivialité et de proximité entre producteur et consommateur.

Plus de centre ni de banlieue

Equipe l'AUCComment en finir avec le vieux schéma centre/banlieue ? Comment envisager l'agglomération comme un tout, le centre n'en étant plus que le noyau historique ? Comment désenclaver la banlieue, en particulier les zones sensibles ? Où construire de nouveaux logements ? Les relations entre Paris et la banlieue, ainsi que le statut de la banlieue elle-même, sont au cœur des préoccupations des commanditaires.

 

 

 

D'un point de vue aussi bien concret que symbolique, l'effacement des ruptures entre le centre et la banlieue est la mesure la plus radicale proposée à la fois par Jean Nouvel (enfouir périphérique et autoroutes urbaines) et Richard Rogers (couvrir les voies de chemin de fer).

Toutes les équipes se retrouvent dans le refus d'étendre la ville en construisant sur des territoires vierges mais au contraire prônent la densification, « l'urbanisme de recyclage » (l'AUC). Pour Roland Castro, « le projet du Grand Paris d'aujourd'hui est l'occasion de franchir une nouvelle étape, non pas extensive cette fois ».

Vers une densification du bâti

Equipe Jean NouvelDensification et intensification sont les maitre-mots de la plupart des équipes. Cette densification prend plusieurs formes : les constructions en hauteur (à condition qu'elles soient économes en énergie à l'instar de « éco-villes » de l'équipe Nouvel) ou l'ajout de bâtiments dans les grands ensembles souvent peu denses (proposition du Groupe Descartes pour La Courneuve).

 

 

 

L'équipe MVRDV prône des surélévations systématiques. Après en avoir fini avec la réglementation, certains proposent des constructions en bordure de routes (Equipe Descartes), de parcs (MVRDV), et l'occupation de tous les espaces délaissés. Descartes défend même le droit de chaque propriétaire à une extension de son pavillon jusqu'à 100m2. Tout cela bien sûr allié à la présence d'espaces verts et à la volonté d'embellir, comme le propose si bien Roland Castro avec ses tours-jardins implantées dans l'île de Vitry.

Par ailleurs, le principe de la réhabilitation des grands ensemble semble aujourd'hui acquis. Comme le dit encore Roland Castro, le « remodelage » est un « message positif de respect des habitants et de la mémoire des lieux ». L'équipe de Jean Nouvel, constituée d'architectes qui ont ouvert la voie dans ce domaine (Patrick Bouchain, Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal), est celle qui s'attarde le plus sur le sujet, en prônant la métamorphose des bâtiments par la transformation des façades, les surélévations, la création de terrasses.

Se déplacer autrement

Equipe PortzamparcEnfin, la question de la densification est étroitement liée à celle des transports. Se déplacer mieux et moins, l'enjeu est aussi bien écologique qu'humain : améliorer le cadre et les conditions de vie dans l'agglomération, ce par un même geste d'urbaniste. L'équipe MVRDV souhaite, en densifiant et en développant les transports, réduire la superficie du Grand Paris à un carré de 30 km sur 30 km.

 

 

 

 

 

Afin de limiter les déplacements en banlieue, en particulier pour les achats et la consommation quotidienne - un rêve, bannir les longues distances pour atteindre l'hypermarché local - l'équipe Descartes propose d'associer commerce et production. L'équipe LIN, inspirée par certains modèles asiatiques, imagine un maillage de centres d'approvisionnement et de services de proximité, allié à un système de bus rapides et d'un parc locatif de véhicules légers.

D'où la proposition de développement des pôles urbains en banlieue, en les « intensifiant », c'est-à-dire en leur attribuant les atouts d'une ville de province de la même taille en matière d'équipements publics (Equipe Descartes), mais aussi et surtout en les dotant de transports adéquats, voire de nœuds incontournables (le TGV à Orly, la gare Nord-Europe à Aubervilliers pour l'équipe Portzamparc) autour desquels on pourrait construire de façon dense (Equipes l'AUC et Rogers).

Un transport plus rapide et fluide

... Sans oublier que la priorité est de réduire les temps de trajets. Les franciliens auraient, selon le slogan de l'équipe Descartes, « 30 minutes de trajet en moins » ; le réseau rapide imaginé par Nouvel permettrait lui aussi des trajets de moins de 30 minutes à l'intérieur de la métropole. Les transports existants seraient mieux connectés entre eux, rénovés, la cadence augmentée. Les pôles de la banlieue seraient reliés grâce à un réseau circonférenciel rapide au-dessus du périphérique (Equipes Rogers, Portzamparc, MVRDV). Plus on habiterait loin, moins on paierait cher (Equipe Descartes). On pourrait emprunter de nombreuses lignes de métro aérien dans le centre (MVRDV) et même au-dessus de l'A86 (Equipe Castro). On pourrait prendre facilement des taxis collectifs (Equipe Grumbach) et des batobus (Castro). Enfin, ce réseau serait relié à celui des grandes lignes (Equipes Portzamparc et Castro).

 Equipe Portzamparc

 

 

Un projet en devenir

En somme, il semble que cette consultation internationale engagée par l'Etat aura au minimum permis une analyse en profondeur de la situation et des enjeux de la métropole actuelle, et suscité de multiples propositions, de multiples pistes de travail pour l'avenir. Elle aura mis en évidence la capacité positive de Paris à se penser et à se projeter vers le futur. C'est pourtant un projet qui reste à construire, et qui nécessite une volonté politique forte - de la part de l'Etat, comme de la région et des collectivités locales - et, bien sûr, des moyens d'envergure.

Si, comme le déclare Roland Castro citant Hölderlin, « l'homme habite en poète », ces propositions rappellent aussi l'aspiration à davantage de beauté, d'harmonie, de plaisir à vivre la ville. Rien ne peut plus se faire aujourd'hui sans donner la possibilité aux citoyens d'inventer et revaloriser leur cadre de vie, car, comme le propose Jean Nouvel, « il s'agit de faire ensemble et d'être ensemble. Ça, c'est le grand pari ! »

 

Marie-Clarté Mougeot

Les dix projets du Grand Paris 

Equipe l'AUC : identifier et stimuler la métropole héritière

Atelier Castro Denissof Casi. Une utopie concrète : une capitale pour l'Homme, une capitale pour le Monde

Equipe Grumbach. Seine Métropole : un axe Paris - Rouen - Le Havre

Equipe LIN : une Métropole douce

Equipe Lion - Groupe Descartes. L'Extraordinaire : améliorer l'ordinaire

Equipe MVRDV : PARI(S) PLUS petit

Jean Nouvel : réveiller le génie du lieu

Equipe Porzamparc : développement en rhizome

Equipe Rogers : armatures métropolitaines

Equipe Studio 09 : la ville poreuse



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