Le musée Fabre est un monde de styles et d’ambiances dans lequel les couleurs et les matières identifient les lieux et organisent le parcours. Le béton brut y tient un rôle de premier plan. Sa formulation, sa mise en œuvre et sa finition ont été étudiées pour inventer une texture appropriée à l’intériorité spécifique des espaces.
Situé au cœur de Montpellier entre la place de la Comédie et le Palais des Congrès, le musée Fabre est un entrelacs rare d'ambiances et de styles. Visiter ce musée, c'est parcourir en cœur d'îlot quatre siècles d'architecture muséale dans quatre galeries anciennes et un pavillon contemporain, six cours distinctes et trois entités bâties. Avant la rénovation, c'était un labyrinthe. Aujourd'hui, on ne s'y perd plus que pour le plaisir et l'on déambule entre les époques clairement identifiées dans un parcours fluide et organisé.
Vue générale de l'hôtel des Jésuites, bâtiment principal du musée. On aperçoit la succession des cours Bourdon et Bazille
Architectes : Brochet-Lajus-Peyo- Emmanuel Nebout. Photographe : Hervé Abbadie
Remettre de l'ordre dans cet ensemble hétéroclite était l'enjeu principal du concours d'architecture remporté par l'équipe bordelaise Brochet-Lajus-Pueyo et Emmanuel Nebout à Montpellier.
Le hall : crypte de béton brut
La redéfinition des parcours s'est appuyée sur le maintien et la valorisation des différentes strates sédimentées dans le temps, le rajout d'un pavillon moderne dédié à Soulages et le creusement d'un nouveau sol de référence dans l'important dénivelé du terrain, sous deux cours existantes. Cette excavation a permis de caler l'entrée principale du public de plein-pied avec l'esplanade Charles de Gaulle, tout en gagnant deux espaces neufs souterrains éclairés zénithalement.
L'un, vaste plateau de 30x30 mètres, est dévolu aux expositions temporaires. L'autre accueille le hall, devenu le pivot du musée et le lieu de référence qui organise le parcours. Cette crypte de béton éclairée par des lanterneaux confronte le visiteur à la matière brute, en corrélation avec la situation semi-souterraine du lieu et au travail d'excavation dont il résulte. Mais ce béton brut prend de près une douceur de peau et un ton gris velouté qui ont été travaillés avec un soin d'alchimiste (lire le plan rapproché). La lumière descend en faisceau depuis le plafond, à travers l'importante épaisseur de la dalle.
La salle des expositions temporaires, créée sous la cour Bourdon. Faux-plafonds en staff.
Architectes : Brochet-Lajus-Peyo- Emmanuel Nebout. Photographe : Hervé Abbadie
En contrepoint de cette masse, les vitrages supérieurs des lanterneaux affleurent au niveau du revêtement de pierre de la cour, détail dont on sait quelle précision d'étude il réclame.
Profitant du dénivelé du terrain, l'excavation des deux cours a permis de placer le hall de plein-pied avec l'esplanade Charles de Gaulle, par où s'effetue l'entrée du public. On repère facilement le hall et ses lanternaux.
Vers la salle Soulages
A l'intérieur, les galeries anciennes transmettent l'esprit un rien confiné des collections du XIXe siècle. Elles ont été restaurées dans leur volume d'origine, l'une chaulée de gris, l'autre revêtue de rouge sous une lumière zénithale désormais filtrée. Plus loin dans la visite, l'ambiance se dématérialise peu à peu par le truchement de murs blancs et d'éclairages diffus. Ce changement accompagne le passage du figuratif à l'abstrait.
La galerie des Colonnes, ouverte en 1868, a retrouvé son volume et son esprit d'origine. Ses lanterneaux sont équipés de dispositifs filtrants.
Architectes : Brochet-Lajus-Peyo- Emmanuel Nebout. Photographe : Hervé Abbadie
En point d'orgue du parcours, le pavillon Soulages, unique bâtiment neuf du musée, fait régner une ambiance immatérielle dans la lumière étrange de sa façade en écailles de verre opale. Les œuvres, quand elles ne flottent pas sur des câbles d'acier, sont accrochées sur des murs-cimaises. C'est à nouveau un travail passionné du béton qui leur a donné leur matière dense et distinguée, étudiée cette fois-ci en fonction du mur de verre opale qui l'éclaire frontalement.
Pascale Joffroy
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Fiche techniqueMaîtrise d'ouvrage : Montpellier agglomération ; Serm, maître d'ouvrage délégué PRINCIPAUX MATERIAUX : • Béton architectonique : LAFARGE BETONS |
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