Avoir plus de 80 ans et être classé parmi les meilleures salles du monde sur le plan de l’acoustique, c’est assez exceptionnel. Voilà pourtant l’exploit de la salle Pleyel qui, après sa rénovation achevée en 2006, est redevenu un vrai « temple de la musique »...
Inaugurée la première fois en 1927, la salle Pleyel a vu passer plusieurs vagues de travaux et de rénovations mais jamais, dans toute son histoire, elle n'a autant resplendi qu'aujourd'hui...
Avec une esthétique qui a retrouvé son allure d'antan et une qualité acoustique exceptionnelle, elle figure parmi les meilleures salles de spectacle du monde. Aujourd'hui, son taux d'occupation des sièges dépasse les 90%.
Tout au long de l'histoire, une volonté de séduire public et musiciens
Pour la salle Pleyel, la série de travaux qui se sont succédé depuis sa création n'ont pas entamé sa volonté de séduire le public et les musiciens.
Conçu en 1920 par l'architecte Jean Marc Auburtin, à la demande de Gustave Lyon, directeur de la société Pleyel, le projet ambitionne dès lors de se fonder sur les dernières recherches scientifiques en matière de technologie du son. La salle de 3 000 places inaugurée en 1927 est alors un réel succès acoustique et architectural que Le Corbusier même ne manquera pas de saluer.
Cependant, un incendie et des travaux plus tard, la salle se voit reprocher une résonnance trop grande et un écho en retour. En 1981, le Crédit Lyonnais1 décide de rénover la salle Pleyel. L'objectif est de remodifier le volume de la salle afin qu'elle retrouve son efficacité amplifiante.
Rachetée par Hubert Martigny en 20002, la salle est à nouveau sujette à une rénovation ambitieuse en 2006. Cette fois-ci, il s'agit de retrouver son style d'origine, tout en soignant particulièrement son acoustique.
En septembre 2006, la salle ré-ouvre enfin, pour le plus grand bonheur du public... et des musiciens.
La façade de la salle Pleyel durant les travaux de l'année 2005-2006
© Architecte : François Ceria architectes / Photographe : Christophe de Montfaucon - photothèque Bouygues Construction
Dès le vestibule d'entrée, le ton est donné. Témoin de son temps, la coupole est ré-ouverte comme en 1927, en accord avec les architectes des Bâtiments de France, afin de recréer le puits de lumière qui baigne désormais l'entrée dans une agréable clarté.
Au sol, la mosaïque, recréée à l'identique de l'origine, permet de recentrer le visiteur dans l'axe de la salle, grâce au subtil dessin mélangeant pierres noires, blanches et or fin. Les moulures de staff, réalisées en plâtre de moulage de Lafarge Prestia et qui surplombent la rotonde, sont aussi une copie parfaite de l'origine.
Recueillant auparavant les galeries d'expositions des pianos Pleyel, le deuxième étage redevient lieu d'entracte pour les spectateurs. Résolument contemporain, ce foyer de 600 m2 est rythmé par son sol en wengé3, ses larges baies vitrées et ses murs aux couleurs douces sur lesquelles trois fresques originales de l'artiste Marco Del Ré rejoignent l'esprit art-décoratif.
Entre l'entrée et le hall, le décalage de 30° passe inaperçu grâce à l'effet de la mosaïque.
© Architecte : François Ceria architectes / Photographe : Christophe de Montfaucon - photothèque Bouygues Construction
© Architecte : François Ceria architectes / Photographe : Christophe de Montfaucon - photothèque Bouygues Construction
La grande salle de spectacle (1 200 m2), de forme ovoïde, se caractérise par une pureté générale : la nudité des lieux, le plafond, immense voûte reliant d'un seul jet l'arrière scène au sommet du second balcon, l'absence voulue de toute recherche décorative secondaire, tout a été restauré dans cet esprit d'esthétisme sobre, avec des éléments traditionnels tels que le plâtre, le bois aggloméré et le bois traditionnel.
Le parquet a été entièrement vérifié, latte par latte, puis poncé et huilé afin de mettre en valeur le bois d'angélique. Le coloris rouge « bourgogne » des sièges rehausse la clarté des murs habillés de hêtre clair.
Enfin, les escaliers éclairés par des luminaires de Baguès, les murs ornés des médaillons de Lebourgeois, les ferronneries de Subes et les deux ascenseurs de bois Monte Balcon témoignent encore de l'époque d'origine du bâtiment.
« La salle Pleyel est un lieu qui respecte à la fois le patrimoine historique de l'époque Art-déco et qui en même temps, dans sa rénovation, traduit l'architecture de notre époque », commente Laurent Bayle, Directeur de la Cité de la musique et Président de la salle Pleyel.
L'acoustique dictant l'esthétisme
Depuis sa conception, l'architecture de la salle est liée aux impératifs acoustiques. Pour preuve, l'architecte et l'acousticien ont travaillé ensemble pour élaborer le dessin de cette nouvelle salle.
Pour recréer le volume d'origine, identifié à partir des photos d'époque, le faux plafond de la salle est supprimé et remplacé par une coque en staff aux lignes harmonieuses, réalisée en plâtre de moulage Lafarge Prestia. On ressent dès l'arrivée « ce sentiment de surprise qui saisit tout d'abord à contempler ce formidable vaisseau qui va en rétrécissant et en s'incurvant vers la tribune d'orchestre et que ne soutiennent ni pilier, ni arc, ni voussure, témoigne le critique René Chavance. On a l'impression de se trouver à l'intérieur d'un prodigieux instrument de musique dont les lignes ont été méthodiquement calculées pour guider au mieux les ondes sonores ».
La configuration de l'espace intérieur permet de rapprocher les spectateurs de la scène et de favoriser l'acoustique.
© Architecte : François Ceria architectes / Photographe : Christophe de Montfaucon - photothèque Bouygues Construction
Le fond de la salle est quant à lui avancé afin de réduire le volume de la salle et de supprimer les sièges pour lesquels les conditions d‘écoute n'étaient pas satisfaisantes.
Des balcons latéraux sont aussi ajoutés afin d'améliorer l'acoustique. Revêtus de plaques de plâtres, ils permettent de projeter les réflexions sonores sur le parterre, de clarifier le son et de créer une sensation d'enveloppement sonore.
Autre point notoire : la configuration des sièges. Les 1 913 sièges actuels remplacent les 2 370 anciens dans une disposition harmonieuse qui donne à chacun une visibilité parfaite.
Moins de spectateurs et plus de volume général améliorent de 30 % le volume par auditeur et donc la qualité d'écoute...
Bâtiment Art-Déco, la salle Pleyel domine aujourd'hui par son élégance et ses volumes retrouvés. Le 13 septembre 2006, c'est avec la symphonie n°13 de Gustav Mahler appelée « Résurrection » que la salle accueillait à nouveau les harmonies musicales du monde.
1 Le Crédit Lyonnais est devenu propriétaire en 1935 de la Société Immobilière Saint Honoré Monceau qui devient, en 1938, le Centre Artistique de Paris, société propriétaire et gestionnaire de la salle.
2 La Cité de la Musique a signe en 2003 un bail de 50 ans auprès du propriétaire, à l'issu duquel elle pourra racheter la salle pour 1 €.
3 Arbre à bois noir des régions tropicales et équatoriales d'Afrique, très foncé et dense.
Découvrez les détails techniques dans notre rubrique Plan Rapproché
Fiche technique
Maître d'œuvre : François Ceria, architecte, assisté de Christelle Sermet, Guilhem Ferry et Artec Consultants INC
Maître d'ouvrage : Immobilière Daru Saint Honoré
Architectes : François Ceria architectes (François Ceria, Guilhem Ferry)
Planning des travaux : janvier 2005 - juillet 2006. Inauguration le 13 septembre 2006.
Budget : 27 millions d'euros pour la rénovation de la salle
5 millions d'euros pour la rénovation des bureaux
1 million d'euros pour la rénovation du show-room
Surface du bâtiment : plus de 11 000 m2 hon
En savoir plus
Voir le site internet de Lafarge Prestia
Voir le site internet de la salle Pleyel
Tout savoir sur l'historique et la rénovation de la salle







