A l'origine, il n'était à Clichy (92) que quelques élus à soutenir le projet de conservatoire. Aujourd'hui, après de nombreuses difficultés, la ténacité et la détermination de la maîtrise d'ouvrage ont été récompensées du prix d'Architecture de l'Equerre d'Argent. Récit d'une aventure avec Mireille Gitton, maire-adjointe déléguée à la Culture, et Daniel Bouillet, directeur du conservatoire.
L'air de Lakmé inaugurait ce jeudi 11 février la cérémonie de remise de l'Equerre d'Argent organisée au sein même de l'édifice primé, le conservatoire Léo Délibes à Clichy (92). Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture, remettait en main propre le prix à l'architecte Bernard Desmoulin, évoquant dans son discours la qualité architecturale d'un "casse-tête clichois". La maîtrise d'ouvrage tout autant récompensée, n'est, elle, pas mentionnée par le ministre...et pourtant.
L'éclairage médiatique cible de ses projecteurs l'architecte et son parti se détournant des personnalités qui ont oeuvré en amont sinon en parallèle du projet. L'Equerre d'Argent, prix national d'architecture, distingue purtant au tant la maîtrise d'oeuvre que la maîtrise d'ouvrage.
Mireille Gitton, maire-adjointe déléguée à la Culture et au Patrimoine, et Daniel Bouillet, directeur du Conservatoire Léo Delibes se font les porte-paroles occasionnels de la maîtrise d'ouvrage. Rencontre à la mairie de Clichy.
"La maîtrise d'ouvrage est un partenariat entre différents services de la mairie", débute Mireille Gitton qui poursuit, énumérant ; "Patrick Vié, maire adjoint aux travaux, la direction de l'architecture, la direction du conservatoire et moi même en tant que maire-adjointe à la culture, formions un bloc". Ce quadrumvirat, en plus de suivre le projet, s'est fait, en toute circonstance, le soutien inconditionnel d'une ambition.
"Nous avions besoin d'un véritable conservatoire", affirme Mireille Gitton, reprise par Daniel Bouillet précisant "d'un conservatoire accessible". "Auparavant, le théâtre se faisait ailleurs, la danse se pratiquait sur un autre site, les locaux étaient exigus, et rien ne permettait aux personnes à mobilité réduite d'accéder aux activités ; la situation était inacceptable", résume la maire-adjointe. De fait, et ce n'est pas la moindre de ses réussites, le nouveau conservatoire, sur une parcelle de 3.000m² et sur quatre étages (3.926m² SHON), regroupe pas moins de 34 salles différentes, un auditorium de 230 places, une salle d'art dramatique et une salle de répétition.
"Il était de ma volonté, ainsi que celle de quelques élus de mon groupe, de soutenir un projet de conservatoire digne de ce nom. Ce dessein représentait un défi pour la ville et, de ce fait, le maire, au goût prononcé pour les challenges, a fait sienne notre ambition", raconte-t-elle.
Cette période d'attente n'est a posteriori aucunement perçue comme totalement négative. Daniel Bouillet précise que le conservatoire "rayonnait" alors dans la ville. Les arts investissaient des lieux qui ne lui étaient de prime abord pas réservés à l'instar d'hôpitaux. Les activités du conservatoire ont été ainsi diffusées et la population a pu prendre connaissance des objectifs d'une telle institution.
Outre cette longue genèse, le choix d'une adresse s'est avéré délicat. Le lieu idéal était identifié en centre-ville, à la sortie du métro, sur une parcelle léguée à la mairie et transformée depuis en parking. "Ce terrain attisait la convoitise des promoteurs. A cette époque, nous étions peu nombreux à imaginer le conservatoire à cet endroit, d'autant plus qu'il jouxterait un groupe scolaire. Il a fallu combattre, d'une part, les élus réticents qui exigeaient un autre site, et d'autre part, les parents d'élèves inquiets des nuisances que pourraient provoquer les travaux. Ils avaient en mémoire ceux du métro... Aujourd'hui, je peux affirmer que personne ne regrette notre décision", explique Mireille Gitton.
Les étapes suivantes se sont déroulées sans entrave. Un programmiste, IDA concept, a été sélectionné après appel d'offres, puis le concours a été lancé. "Il y avait d'autres projets, fantastiques sur l'image, mais nous faisions bloc derrière le projet de Bernard Desmoulin contre l'avis de certains membres du jury", précise la maire-adjointe qui souligne ne pas avoir choisi en premier un nom ou un style mais avant tout le fonctionnement et l'intelligence d'un projet. "Le concept était en adéquation totale avec l'idée du directeur et des professeurs", ajoute-t-elle.
La première pierre posée en février 2006 fut un soulagement. Las, six mois plus tard, le chantier est arrêté, l'une des entreprises de gros œuvre ayant fait faillite ; une réunion de crise est organisée à l'hôtel de ville. Face à la déception de voir la grue immobilisée, l'équipe municipale est restée soudée. De nouveaux appels d'offres ont alors été lancés.
De cet aléa, la maire-adjointe décline tout surcoût considérable. La presse maintenait pourtant le contraire et le Parisien du 8 septembre 2008* revenait sur une augmentation du budget de près de 10%, pour un coût total de 10 millions d'euros, dont 7 millions de travaux. Virevolte, Mireille Guitton s'en sort en désignant du doigt la commune la plus endettée de France, voisine, Levallois-Perret et "son conservatoire quatre fois plus cher".
Toutefois la combativité, la détermination à maintenir le cap et l'association permanente entre élus, fonctionnaires et architecte dans un climat de confiance ont été à l'origine d'un conservatoire, qui malgré un an de retard sur le programme prévisionnel, est autant remarquable que remarqué.
Distinction inespérée, l'Equerre d'argent est reçue par la municipalité comme le couronnement d'une ambition. Le combat et l'audace de la maîtrise d'ouvrage sont récompensés, ne l'oublions pas, au même titre que l'élégance et la sobriété d'un parti architectural.
Jean-Philippe Hugron
*"Clichy la Garenne : rentrée ratée au conservatoire de musique", Le Parisien, Edition des Hauts-de-Seine, le 8 septembre 2008 (Auteur non précisé)
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