Les nouveaux bureaux du Port autonome de Paris promettent d’être une réhabilitation exemplaire. Soucieux de respecter les normes environnementales de la ville et de préserver la santé des futurs usagers, les architectes Patrick Mauger et Thierry Payet ont placé la circulation d’air au centre de la démarche.
« Vu du fleuve et de la rue, le bâtiment affiche ses flancs de reflets lumineux, étranges, et sa carcasse chargée d'histoire », explique Patrick Mauger dans un document présentant son projet de réhabilitation des Pavillons 1 et 2 du Port autonome de Paris.« Vu d'en haut, il a l'air tout vert ; ses grands patios intérieurs sont plantés d'arbres, les toits sont recouverts de sébum, les terrasses ressemblent à une place publique gazonnées... ». Malgré un budget restreint (1 350 €/m²), le projet mise sur l'humain, grâce à un rapport efficace entre usage et bien-être.
Un contexte de réaménagement urbain global

Alors que la construction de la ZAC (Zone d'aménagement concerté) de Paris Rive-gauche, initiée dans les années 1990, s'achève peu à peu, la réhabilitation du Port autonome de Paris - également nommé port d'Austerlitz - reprend aujourd'hui dans la même volonté de remaniement urbain.
Ce réaménagement, qui s'inscrit dans le projet « Seine ouverte » (visant à faciliter l'accès à la Seine pour tous), parachève celui des ports de Tolbiac et de la Gare, et s'engage dans une démarche HQE® (haute qualité environnementale).
Le nouvel espace portuaire, qui se profile sur une étendue de 3,5 ha de quais accueillera des activités de loisir et de culture (promenade piétonne, mise en lumière du site, accueil de bateaux proposant des animations...). Concédés à Paris, les pavillons 3 à 8 des Magasins Généraux, patrimoine historique du port, ont déjà permis la création du projet « Paris Docks en Seine », un centre de la mode qui devrait ouvrir ses portes en 2009.
Les futurs bureaux du Port seront, quant à eux, transférés dans les Pavillons 1 et 2, dont le projet de réhabilitation, à l'étude, sera réalisé entre 2011 et 2012.
Les Pavillons 1 et 2 : miser sur l'humain

Les 6 600 m² actuels de l'entrepôt, qui constituent les Pavillons 1 et 2, sont actuellement peu aptes à la vie de bureau. Pour un architecte qui souhaite miser sur l'humain, le bâtiment est beaucoup trop large et trop long. L'idée est donc de l'ouvrir par l'intérieur.
« En créant un patio intérieur végétalisé, nous pouvons réaliser des largeurs efficaces de bureau », explique Patrick Mauger. « Autour de ce cœur planté de pins maritimes, le bâtiment en couronne offrira des circulations intérieures, protégées du bruit du fleuve et de la rue. Le bâtiment gagne ainsi en ensoleillement, en circulation d'air et, avec la masse de terre (60 cm en moyenne) supportant les plantations, en inertie thermique. »
Une nouvelle gestion de l'espace

Pour retrouver la SHON perdue par la création du patio, il est prévu de construire 350 m² de surface de bureaux supplémentaires sur le toit.
« L'arrangement des espaces est également travaillé dans le sens de l'optimisation et de la compacité, reprend Patrick Mauger. De nouveaux plateaux sont répartis de part et d'autre de la rue intérieure. A leur entrée, l'accueil et un lieu de réunion. Dans les angles, des zones de détente, des photocopieurs et des sanitaires. »
Positionnés en vitrine sur le toit et le fleuve, trois bâtiments auront pour vocation d'accueillir d'autres lieux de détente ou de sport, un réfectoire et une grande salle de réunion. En plus du patio, de nombreux espaces à l'air libre complètent enfin cette disposition des espaces : fontaine, pergolas, balcons, coursives et terrasses sur la Seine. Dotés d'éléments de mobilier urbain, ces lieux n'offrent qu'un confort à court terme afin d'inciter les utilisateurs à vite retourner à leurs bureaux...
Ventilation naturelle et mécanique

Principe de ventilation - confort d'été
Préoccupation majeure de l'architecte, la gestion de l'air vise à offrir un meilleur confort possible tout en limitant la consommation électrique des aménagements. Le bâtiment sera couvert de peaux simples à double vitrage sérigraphiées blanc de 125 cm de large. Côté Seine, la façade sera en retrait de la structure en béton. Côté rue, une double peau englobera l'ossature en béton pour constituer des espaces intermédiaires de détente ou de stockage. Des trappes d'ouverture, basées sur le système « pilotair » assureront la régulation mécanique naturelle.
Une ventilation double-flux avec récupérateur à roue, couplée au système de chauffage, est également à l'étude. En contrôlant son débit, l'admission de l'air se limitera ainsi aux besoins en air neuf. Un recyclage de l'air vicié devrait enfin permettre d'alimenter le débit de soufflage nécessaire au refroidissement des appareils.
Acoustique
La problématique de l'acoustique est également un enjeu principal pour l'architecte. Plusieurs éléments sont ainsi déterminés :
- La mise en œuvre d'une chape sur isolant limitera les bruits de chocs ;
- La mise en œuvre de faux-plafonds, qui assureront très simplement l'absorption acoustique des locaux ;
- Enfin, la double-peau, complétée d'une protection étanche côté fleuve, isolera très efficacement des bruits extérieurs et rendra possible l'ouverture de baies intérieures.
Concept HQE

La problématique environnementale est inscrite au cœur de la réflexion. Les postes cumulés de chauffage, rafraîchissement, éclairage artificiel et ventilation contrôlée devraient afficher une consommation énergétique de 80 kWh/m², ce qui est cohérent avec le Plan Climat de la ville de Paris et le label Effinergie. Pour aller dans ce sens, plusieurs dispositions ont été prises.
L'enveloppe assurera une gestion optimale du confort thermique d'hiver et d'été (plus de détails dans notre rubrique Plan rapproché). Le choix de l'isolation par l'intérieur répond à la volonté de privilégier simplicité, coût et délais. Il est ainsi prévu de poser un isolant sous-chape en face supérieure des planchers et de mettre en œuvre un flocage anti-incendie renforcé par une laine de roche près des façades et d'éviter les ponts thermiques.
L'éclairage naturel sera en outre complété par des luminaires de bon rendement. En effet, des lumières modulables associés à des détecteurs de présence et des LEDs devraient entraîner une réduction de la consommation de 30kWh/m².an.
Par ailleurs, une toiture végétalisée de 1 100 m² contribuera grandement à la limitation des surfaces imperméabilisées. Les nuisances du chantier seront également réduites grâce au recours à la préfabrication des éléments de façade et de toiture ainsi qu'à la limitation des déconstructions, qui ne seront pas vues de l'extérieur.
Enfin, un local pour les deux-roues incitera les utilisateurs à utiliser la piste cyclable qui passe sous le bâtiment.
Les couleurs
Pour inscrire le bâtiment dans son contexte maritime, un panaché de losanges jaunes et blancs, le long de la façade des bâtiments, est prévu. Il rappellera les couleurs de la signalétique fluviale et participera à la notion de joie et de bien-être chère à Patrick Mauger. Les baies vitrées finiront de charmer le passant en projetant sur l'extérieur les reflets et transparences lumineux du fleuve.
Basé sur un travail autour de l'enveloppe, ce projet qui répond aux exigences environnementales ne s'arrête pas là. La réflexion continue sur le choix des matériaux de second œuvre, qui devront assurer un maximum de confort tout en minimisant les coûts énergétiques, l'entretien, l'impact environnemental et les nuisances envers les riverains.
Agnès de Rivière
Plus de détails sur le confort d'été et d'hiver dans notre rubrique Histoire de chantier
Fiche techniqueMaître d'ouvrage : Port autonome de la Ville de Paris |
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